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Questions à Margaret Cook Andersen, Associate Professor of History à l'Université de Tennessee aux États-Unis. Son dernier ouvrage Regeneration through Empire: French Pronatalists and Colonial Settlement in the Third Republic a été publié par University of Nebraska Press, collection "France Overseas" en 2015.

Comment avez-vous décidé d'étudier l'histoire de la politique familiale dans les colonies africaines ?

J'étudie la réduction de la natalité pendant la troisième république et comment des inquiétudes démographiques ont pris les dimensions d'une crise nationale. De plus en plus, on arrive à l'idée qu'il est de la responsabilité de l'État de protéger la famille et d'encourager une natalité plus élevée, une idée qui justifie l'intervention du gouvernement dans la vie privée familiale. Ce qui m'intéressait le plus était le conflit émergeant entre ceux qui croyaient que la création d'une famille nombreuse était un devoir de citoyen, et ceux qui, en revanche, persistaient à défendre la procréation et la vie familiale comme des choses privées et personnelles. Malgré les efforts faits pour étudier la question de la dépopulation, les gouvernements de la troisième république ne sont que très peu arrivés à la résoudre. On offrait des primes et des allocations familiales ; on a institué des lois plus punitives (comme celle de 1920 sur l'avortement et la contraception). Quel que soit l'encouragement offert, l'État n'est pas arrivé à influencer le planning familial des individus. Les Français continuaient à restreindre leur natalité, même si en principe ils partageaient tous un sentiment pro-nataliste. Quand je faisais des recherches sur le natalisme de la Troisième République, j'ai trouvé que les gouvernements coloniaux en Afrique ont eux aussi voulu manipuler la croissance démographique. Dans plusieurs colonies françaises on suivait une politique familiale, parfois exclusivement pour les colons français et ailleurs pour les sujets colonisés. Aujourd'hui on parle plus souvent de la natalité élevée en Afrique, mais au XIXe siècle on s'inquiétait plutôt de la natalité faible dans plusieurs colonies africaines. Par exemple, à Madagascar au début de la période coloniale, les autorités françaises affirmaient que l'île se dépeuplait. Dans une perspective économique, une faible natalité menait à une pénurie de travailleurs et des difficultés pour effectuer la mise en valeur de la colonie.

Presque vingt ans avant qu'il ne soit nommé gouverneur militaire de Paris pendant la Grande Guerre, le Général Gallieni était le gouverneur général à Madagascar. Quelles mesures a-t-il prises pour favoriser l'accroissement de la population malgache ?

Gallieni a été nommé gouverneur général à Madagascar en 1896. Dès son arrivée, il s'est occupé de l'état démographique de la colonie qu'il croyait en décroissance à cause d'une faible natalité causée, selon lui, par des maladies comme la lèpre, la tuberculose, et la syphilis. Peu après, on a vu la création d'un système de santé publique avec le Service de Santé (SDS) et l'Assistance Médicale Indigène (AMI). D'une part, il existait un but humanitaire visant à améliorer la santé de la population. Il faut toutefois reconnaître dans ces arrêtés une intention moins altruiste : assurer le rayonnement de la France dans la colonie. Par exemple, seuls les sages-femmes et médecins diplômés par l'administration pouvaient travailler dans la colonie, ce qui avait pour effet de réduire l'influence des matrones et autres autorités malgaches dans les villages. Le gouvernement français a donc établi une école de médecine pour la formation des sages-femmes, médecins, et infirmières coloniales. Quelques-uns sont allés à Montpellier pour finir leurs études. On voulait réduire le taux de mortalité avec la vaccination des enfants, le traitement des maladies infectieuses, et la médicalisation de la maternité. Il fallait que les femmes aillent aux dispensaires et hôpitaux pour les examens anténatals et pour enfanter avec l'assistance d'une sage-femme diplômée. On pensait qu'avec l'enfantement médicalisé le taux de mortalité s'abaisserait. En effet, les femmes ne craindraient plus l'enfantement et seraient disposées à avoir plusieurs enfants. Il est étonnant que les médecins français aient eu de telles espérances pour la maternité médicalisée car il faut reconnaître qu'en France à la même époque, même dans les meilleures maternités de Paris, l'enfantement restait souvent un événement à craindre. Outre ces mesures pour améliorer la santé de la population, Gallieni a introduit les décrets pour encourager les familles nombreuses. Certains étaient punitifs comme les impôts destinés à ceux qui n'avait ni épouse, ni enfants. D'autres mesures mettaient en valeur les vertus d'une famille nombreuse, comme les décrets qui dispensaient les pères de famille de leur service militaire et réservaient les concessions de terre pour les familles nombreuses. En outre, Gallieni a créé une fête annuelle des enfants pour instruire la population, expliquant les taux de natalité et la puériculture, et donnant des prix aux mères de famille nombreuse.

Joseph Gallieni, photographie d'Eugène Pirou in Histoire de la Marine française illustrée, Larousse, 1934. Wikipedia.

Gallieni a-t-il réalisé sa vision d'une grande colonie avec une croissance démographique ?

Dans son rapport annuel au ministre des colonies, Gallieni a détaillé les statistiques prouvant la croissance de la population malgache et l'influence positive des Français. Il est vrai que les statistiques indiquaient une forte natalité et une mortalité en décroissance. Cependant, il faut interpréter ces résultats avec un peu de scepticisme. Les statistiques pour la période précoloniale ne sont pas sans erreurs, ce qui rend difficile toute sorte de comparaison entre les deux époques. En outre, comme il y a plusieurs facteurs qui agissent sur la natalité, il est difficile de préciser les raisons provoquant une croissance démographique ou de se prononcer définitivement sur l'efficacité des décrets natalistes. Certains médecins malgaches ont écrit dans leurs thèses de médecine que le gouvernement comprenaient mal les raisons devant la faible croissance démographique d'autrefois et ce qu'il fallait faire pour la combattre. Même Gallieni a trouvé que certaines de ses mesures n'étaient pas efficaces. Par exemple, l'impôt sur les individus non-mariés et sans enfant devait en principe encourager la population à se marier jeune et provoquer des naissances peu après. Ce principe a inspiré de telles mesures ailleurs. Au Maroc sous Vichy les Français ont institué un impôt de compensation familiale pour les célibataires et ceux qui n'avait pas deux enfants après cinq ans de mariage. Le problème c'est qu'au Maroc, comme à Madagascar, cet impôt créait de graves difficultés pour ceux qui devaient le payer et semblait les détourner de l'idée d'établir une famille. Pour cette raison, à Madagascar, Gallieni a abandonné l'impôt après quelques années, en reconnaissant que les effets sur la natalité étaient bien minimaux. En dernière analyse, il est difficile pour l'historien de déterminer l'influence de la politique familiale sur l'accroissement de la population à Madagascar. On peut affirmer que, pendant la période Gallieni, la médecine française est devenue plus répandue dans la colonie. De plus, Gallieni a initié une politique familiale qui a continué à exister longtemps après. Selon Gallieni et ses successeurs, le gouvernement colonial avait un devoir de >.

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How did you get interested in researching colonial family policy?

My research focuses on how France's declining birthrate in the Third Republic inspired fears of national decline and changing social mores. It increasingly became accepted that the French government had a responsibility to intervene in family planning decisions to encourage a stronger birthrate. I was intrigued by the conflict that developed between reformers promoting the idea that having a large family was a duty of citizens and individuals who persisted in thinking of reproduction as a private, family decision. Despite all the effort that was invested in understanding the factors that motivate individuals to restrict their family sizes, successive French governments have always struggled to influence that decision. They have tried a variety of measures, be it material support and incentives (such as family allowances) or more punitive measures (such as the 1920 laws dealing with contraception and abortion). Yet, the French continued to choose small family sizes, even if in principle they accepted the natalist position that France needed them to have more babies. While researching pronatalism in France during the Third Republic, I found that there were similar such efforts in the French colonies in Africa during this period. Like their counterparts, colonial governments believed that it was their responsibility to try to shape demographic growth in their respective colonies and protectorates. Whereas today discussions of demographic trends in Africa tend to highlight the high birthrate, in the late nineteenth century, the opposite was true of many Sub-Saharan African colonies. In Madagascar, one of the colonies I researched, French officials in the early colonial period expressed concerns that the Malagasy population was facing depopulation. From an economic standpoint, this could mean a labor shortage which would threaten French plans for the colony.

Almost two decades before General Gallieni became minister of war during the Great War, he was general governor of Madagascar. What steps did Gallieni take to encourage population growth in this colony?

Gallieni became general governor of Madagascar in 1896 and immediately expressed concerns about "depopulation" in the colony, which he attributed to disease, decadence, and a low birthrate. He subsequently created a public health system presided over by two agencies: the Service de Santé (SDS) and the Assistance Médicale Indigène (AMI). While these agencies did work to improve the health of the population, it is important to note that they also helped extend French influence in the colony and displaced many local medical practitioners. For instance, the colonial government required that only licensed health workers practice medicine in the colony and set about training Malagasy men and women to be colonial doctors, nurses, and midwives. Some colonial doctors traveled to Montpellier to complete their educations. Among the goals of the AMI was reducing mortality rates in the colony by vaccinating children and bringing diseases such as leprosy, malaria, and syphilis under control. Another major objective was the medicalization of childbirth. French officials wanted women to seek prenatal care and to give birth in French clinics with French-trained midwives and doctors. They hoped that by making childbirth safer, they could both reduce the mortality rate and encourage women to have more babies by eliminating their fears of childbirth. It is surprising that they thought that medicalizing childbirth would eliminate these fears. Even in France during this period, childbirth was widely feared by women, whether they gave birth at home or in a clinic. In addition to his public health measures, Gallieni pursued other measures designed to encourage people to have more children. Some were punitive, such as substantial taxes for the unmarried and the childless. Others promoted the virtues of having a large family through propaganda and financial rewards. There were decrees exempting fathers from military service and offering land concessions for particularly large families. Moreover, Gallieni created an annual fête des enfants where French officials disseminated educational information about demographic trends. The festival included awards to mothers who had large families and parades of healthy, clean children.

Was Gallieni successful in encouraging population growth in the colony?

In his report to the ministry of colonies, Gallieni boasted that his measures were a great success, pointing to statistics showing the growth of the population. Yet there is reason to be skeptical. The data on the size of the precolonial population is not necessarily accurate, thereby making comparisons between the two periods problematic. Moreover, as so many factors contribute to demographic growth, it's hard to say what role government measures play in directing those trends. For instance, some of the Malagasy doctors working for the colonial state argued in their medical theses that the French misunderstood many of the causes of demographic decline in the colony and doubted the effectiveness of some of the regime's proposed solutions. Even Gallieni's administration found that punitive measures don't always work very well. For instance, the tax on childless and unmarried individuals was supposed to encourage people to marry young and start families. The idea that the state could make having children lucrative in this way was one that was widely adopted in other parts of the empire as well. For instance, in 1941 French officials in Morocco adopted a similar tax, known as the taxe de compensation familial that was paid by anyone who did not get married and produce two children within the first five years of marriage. In both Madagascar and Morocco, people struggled to pay the taxes and the threat of a tax seemed to have little impact on the birthrate. In Madagascar, Gallieni abandoned the tax after just a couple of years, recognizing that people struggled to pay it and that this type of financial hardship could be counterproductive. Ultimately it is hard to determine how successfully the French increased the birthrate in Madagascar. It is clear that under Gallieni's watch French medical care greatly expanded in Madagascar. Gallieni also initiated a lasting policy that made it the colonial government's responsibility to not only oversee the healthcare of the Malagasy subjects but also monitor its demographic growth and try to influence private family planning decisions.

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