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Depuis septembre, l'Afrique du Sud traverse une crise politique majeure. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres est l'annonce par Blade Nzimande, ministre de l'éducation, de la montée des frais d'inscription universitaire pour l'année scolaire 2017. Des étudiants provenant principalement de trois universités (Witwatersrand, Cape Town, KwaZulu-Natal) ont manifesté contre cette proposition du gouvernement et se sont heurtés à la police. Côté étudiant, les manifestations ont pu mener au caillassage des forces de l'ordre et à des incendies volontaires. Côté police, la riposte a été brutale avec des balles en caoutchouc ou des gaz lacrymogènes utilisés contre les manifestants. Signe que la situation échappe au contrôle du gouvernement : un manifestant, Lesego Benjamin Phehla, a été écrasé pendant une manifestation jeudi dernier par un inconnu.

Affrontements entre la police et les étudiants, Tshwane University of Technology, Pretoria, 12 octobre 2016. Video de la chaine de television publique SABC.

 

Déjà l'an dernier, les étudiants de Witwatersrand avaient déjà manifesté contre une augmentation des frais. Ils avaient créé le mouvement FeesMustFall et avaient obtenu de Jacob Zuma un financement d'urgence pour l'année 2016. Les étudiants sud-africains réclament toujours aujourd'hui le retrait de cette hausse des frais d'inscription voire même, pour certains d'entre eux, leur abolition. En Afrique du Sud, un étudiant contribue financièrement un tiers à sa propre éducation. Le choix du gouvernement de ne plus contribuer autant à l'enseignement supérieur est donc responsable pour cette montée des frais d'inscription. C'est ce choix que critiquent âprement tous les manifestants pour qui l'éducation est l'un des enjeux principaux de l'Afrique du Sud post-apartheid. Être noir et accéder à l'enseignement universitaire est déjà très difficile. Si les frais d'inscription augmentent, les Noirs auront encore moins accès à l'éducation.

Outre les violences récurrentes depuis plus d'un mois, les choix des gouvernements en termes d'éducation ont une véritable portée historique en Afrique du Sud. C'est l'introduction de l'Afrikaans comme langue d'instruction en 1976 qui avait été l'élément déclencheur de l'insurrection de Soweto. Cette rébellion est considérée comme le moment où toute une nouvelle génération s'est dressée contre l'apartheid alors que Nelson Mandela était en prison. Les années 1980 ont ainsi été marquées par des boycotts et des fermetures d'écoles. Plus proche de nous, la campagne RhodesMustFall de 2015 a démontré à quel point l'éducation est encore fortement imprégnée de son passé colonial en Afrique du Sud.

La dimension historique n'échappe pas aux manifestants. Dans une bataille des médias, des vidéos sont postées sur Youtube ou des hashtags Twitter (#rhodesmustfall, #feesmustfall, #fees2017) sont créés pour faire pression sur le gouvernement et les universités. Certains étudiants sont aussi conscients que leur situation rappelle celle des États-Unis et le mouvement Black Lives Matter et tentent d'internationaliser leur lutte. Comparer le gouvernement de Jacob Zuma à un gouvernement de l'époque de l'apartheid n'est pas anodin. En Afrique du Sud, il est toujours question de racisme institutionnel et d'accaparement des richesses du pays par une petite élite.

La police sud-africaine, de son côté, accuse les manifestants de vouloir se transformer en martyrs. Selon elle, les étudiants veulent créer leur propre « Marikana », une référence aux morts des mineurs de platine de l'entreprise minière Lonmin en 2012. Khomotso Phahlane, chef de la police sud-africaine, a prévenu les étudiants : il ne cédera à aucune provocation. Dans une conférence de presse du 6 octobre, le mouvement étudiant a, selon lui, attiré des éléments violents qui n'hésitent pas à brûler des bâtiments ou vendre de la drogue. La diabolisation des manifestants semble être l'objectif de cette communication et l'arrestation en masse des dirigeants la tactique du moment.

L'année universitaire est sur le point de se terminer en Afrique du Sud. Le gouvernement semble ne pas être en mesure de répondre aux attentes des manifestants pour la rentrée 2017 et la police paraît ne pas être en contrôle de la situation. Les étudiants nés après la chute de l'apartheid demandent à ce que les injustices économiques des générations précédentes soient corrigées. 22 après l'élection de Nelson Mandela, les inégalités semblent toujours aussi criantes et le gouvernement de l'ANC totalement impuissant.