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"Little Kadogo - I am for peace, that is why I like weapons", 2004.

Jusqu'au 28 août, la fondation Louis Vuitton expose 300 œuvres appartenant à Jean Pigozzi. Entretien avec ce grand collectionneur.

Amoureux de l'Afrique, qu'il n'a jamais visitée, riche héritier de la famille propriétaire des automobiles Simca, Jean Pigozzi dit ne pas s'intéresser à la valeur marchande de sa collection. Connu pour ses photographies de la jet-set, il détient la plus grande collection d'art contemporain africain au monde. Depuis le 26 avril, l'exposition « Les Initiés », consacrée à sa collection, a déjà séduit une foule importante dans le cadre de l'événement Art Afrique à la fondation Louis Vuitton.

 ©  AFP/Archives / Par Antoine Froidefond
Le collectionneur Jean Pigozzi, ici à New-York le 11 avril 2017, expose une partie de sa collection à la Fondation Vuitton. © AFP/Archives / Par Antoine Froidefond

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé il y a 20 ans à l'art contemporain africain ?

Jean Pigozzi : j'avais déjà une collection d'art intéressante, mais pas extraordinaire. C'est l'exposition « Les Magiciens de la terre », organisée par le Centre Pompidou en 1989, qui m'a bouleversé. C'est à ce moment que j'ai décidé de me lancer dans cette collection.

Que représente-t-elle pour vous ?

J'en suis très fier, car elle est unique par sa taille. Elle a été montrée dans le monde entier, au musée des Beaux-Arts de Houston ou au musée national d'Art africain à Washington, par exemple. Je suis très content d'être l'ambassadeur de l'art africain. J'ai aidé à ce que beaucoup de gens ouvrent les yeux sur les talents de ce continent.

 ©  J.D 'Okhai Ojeikere / Courtesy Fondation Louis Vuitton
"Star Koroba" (1971) Ce cliché de J.D. 'Okhai Ojeikere intitulé "Star Koroba" (1971) fait partie d'une série consacrée aux coiffures-sculptures des Nigérianes, qui a acquis avec le temps une valeur ethnographique. © J.D 'Okhai Ojeikere / Courtesy Fondation Louis Vuitton

 

De quoi se compose-t-elle ?

Elle se spécialise sur l'Afrique subsaharienne, et comporte aussi bien des œuvres de photographies que de peintures, de sculptures ou de vidéos. Au total, il y a plus de 10 000 pièces, dont une trentaine d'artistes importants.

Combien vaut-elle ?

Je ne sais pas, car je ne l'ai jamais considérée comme un investissement financier. Sinon, j'aurais acheté du Warhol. Elle est convoitée par de nombreux musées. Financièrement, ce n'est pas une collection pour rapporter de l'argent. Ce qu'il faut, c'est que les riches Africains achètent ces œuvres, comme ce qui s'est passé en Chine. Malheureusement, ils préfèrent investir dans de grandes maisons ou de belles voitures.

 ©   Iwan Baan / Fondation Louis Vuitton
Art/Afrique. Le nouvel atelier / Vue d'exposition. © Iwan Baan / Fondation Louis Vuitton

 

Comment l'exposition « Les Initiés » a-t-elle été pensée ?

Suzanne Paget, la commissaire de l'exposition, est venue me voir il y a trois ans en m'expliquant que la mission de la fondation Louis Vuitton était de faire découvrir des collections. C'est un lieu magique. En France, je n'ai jamais montré une exposition aussi complète, avec plus de 300 œuvres exposées.

Que pensez-vous de la montée en puissance de l'art contemporain africain ?

 ©  Iwan Baan / Fondation Louis Vuitton
Vue d'exposition : Art/Afrique. Le nouvel atelier. © Iwan Baan / Fondation Louis Vuitton

 

Cela me met de très bonne humeur. Pendant des années, on m'a pris pour un imbécile. Et aujourd'hui, tous les grands musées du monde me demandent d'exposer. En effet, aucun des grands musées au monde n'a de département consacré à l'art africain. Des statues classiques, il y en a, mais pas d'art contemporain. Je crois que cela va rester, quand les gens auront vu la puissance de l'art africain. Cela s'imprègne dans la mémoire. Je crois que ce ne sera pas qu'un effet de mode, mais qu'il est lancé pour de bon. Et puis Internet permet à de nombreux artistes d'être découverts.

Que représente, pour vous, l'art africain ?

Pour moi, il est très riche. Dans ma collection, par exemple, les artistes sont tous autodidactes. Tout sort de leur tête et de leur cœur. La création pure, c'est ce qui m'intéresse le plus. Je préfère la diversité et la différence. À la Fiac, la Foire internationale d'art contemporain, beaucoup de choses se ressemblent, mais pas dans l'art africain. Je le trouve plus vif et plus naturel que l'art occidental.

 ©  Photo Bodys Isek Kingelez Collection Fondation Louis Vuitton
"Papillon de mer" de Bodys Isek Kingelez (1990-1991) "Papillon de mer" de Bodys Isek Kingelez (1990-1991). Œuvre atypique d'un plasticien congolais - faite de carton, bois, fil et aiguille -, cette maquette d'immeuble aux formes inhabituelles renvoie à l'idée d'un urbanisme rêvé. © Photo Bodys Isek Kingelez Collection Fondation Louis Vuitton

 

Ne trouvez-vous pas surprenant de n'avoir jamais visité l'Afrique ?

Je la connais bien, mais je n'y suis pas allé. J'appréhende les lenteurs et la foule, je suis un voyageur un peu trop impatient.

Y a-t-il, d'après vous, un aspect politique dans l'art contemporain africain ?

Moi, je ne m'y suis jamais intéressé, mais plusieurs œuvres de Chéri Samba sont politisées. Elles sont écrites dans son dialecte d'origine. Je n'ai pas pris la peine de les faire traduire. Ce n'est pas l'aspect qui me captive le plus.

Avez-vous une œuvre coup de cœur ?

Les photographies de Seydou Keïta me tiennent particulièrement à cœur, étant moi-même photographe.

 

REGARDEZ cette vidéo d'exposition sur l'œuvre de Seydou Keïta