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la Chine est-il nouvel eldorado des footballeurs africains

L'Ivoirien Didier Drogba est l'une des premières grandes stars du football à avoir évolué en Chine, à Shanghaï, où il était notamment accueilli en juillet 2012. © Eugene Hoshiko/AP/SIPA

Ils sont actuellement 17 footballeurs africains à jouer dans une équipe première de Super League chinoise. Comme le Camerounais Benjamin Moukandjo, transféré à la mi-juillet, ils ont bénéficié des largesses de l'Empire du milieu. Un eldorado qui pourrait toutefois ne durer qu'un temps.

Lorsqu'il foule les surfaces en terre rouge des environs de Yaoundé, d'Abidjan ou de Libreville, difficile d'imaginer que le jeune passionné de football rêve un jour de fouler les pelouses de la première division chinoise. Dans un coin de sa tête se bousculent certainement les bouillonnants stades anglais et les enceintes espagnoles de Madrid ou de Barcelone.

Reste que, depuis quelques années, au-delà de l'imagination plus ou moins fertile d'un adolescent ambitieux, un concurrent de poids a assurément fait son entrée dans le grand jeu du football mondialisé : la Chine. Dans un monde où les joueurs s'échangent à coups de (centaines de) millions d'euros, l'Empire du milieu n'a rien laissé au hasard pour se faire une place.

Des milliards d'euros investis

En 1994, année de sa création, les autorités chinoises contraignaient pourtant encore les équipes de sa première division à ne pas engager plus de trois joueurs étrangers. Seulement, elles ont progressivement modifié leur politique. Depuis 2009, les formations sont ainsi autorisées à engager deux joueurs étrangers de plus, soit cinq, dont un obligatoirement originaire du continent asiatique. Anecdotique ? Pas vraiment.

Ti'ao Power a signé fin 2015 un contrat de sponsoring d’1,1 milliard d'euros !

Sous l'influence d'un président, Xi Jinping, qui n'a jamais caché son attrait pour le football et la Premier League anglaise, l'attrait du championnat chinois va augmenter d'année en année, avec l'ambition d'organiser la Coupe du monde 2026 en ligne de mire. Alors qu'en 2004, Siemens Mobile ne dépensait que huit millions d'euros pour donner son nom à la compétition, Ping An Insurance en met aujourd'hui près de 200 sur la table pour en être le sponsor principal !

De grands investisseurs ont également senti l'aubaine, venant apporter de l'envergure financière aux clubs, notamment l'entreprise de Jack Ma, Alibaba.com (17,7 milliards de chiffre d'affaires en 2016) auprès du Guangzhou Evergrande. Quant aux médias, ils sont loin d'être en reste : les droits télévisuels domestiques ont été multipliés par plus de vingt en 2015 et le groupe Ti'ao Power a accepté en décembre 2015 de débourser 1,1 milliard d'euros sur les cinq prochaines saisons.

117 Africains recrutés depuis 2004

Avec une audience télévisée d'environ un demi-milliard de personnes et une affluence croissante dans les stades, qui approche aujourd'hui les 25 000 supporteurs en moyenne, les clubs chinois se sont sentis pousser des ailes, avec la bénédiction des autorités, avides de développer le football (et la sélection) national.

Point d'orgue de ce qu'il faut bien appeler une folie des grandeurs, le dernier mercato d'hiver (fin 2016-début 2017) a atteint la somme record de 388 millions d'euros. Le Brésilien Oscar a été transféré pour 60 millions d’euros au Shanghai SIPG, pour un salaire annuel de 24 millions d’euros, le plaçant juste derrière l’attaquant Carlos Tevez (38 millions). La Chine se place désormais à la cinquième place des pays les plus dépensiers sur le marché des transferts, derrière la Premier League anglaise mais devant la Ligue 1 française.

Et les Africains ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Depuis 2007, ils sont 117 à avoir sauté le pas et intégré le championnat chinois (contre 173 du seul Brésil). Quelque 27 Nigérians, 14 Camerounais et neuf Ivoiriens ont ainsi joué ou évoluent encore en terre chinoise, sous les ordres d'entraîneurs de renom attirés par le challenge (et la finance), comme Manuel Pellegrini, Fabio Cannavaro ou André Villas-Boas. Parmi eux, 17 font encore partie d’une des seize équipes premières de la Chinese Super League (voir notre trombinoscope à la fin de cet article).

Aubameyang recruté à prix d’or ?

Parmi cette centaine d'Africains, Didier Drogba, Seydou Keïta ou Frédéric Kanouté, qui ont fait figure de précurseurs, ainsi que des stars actuelles, comme Gervinho, évoluant au Hebei China Fortune pour 18 millions d'euros par an, ou Asamoah Gyan au Shanghaï SIPG (15 millions). Suivent Christian Bassogog, meilleur joueur de la CAN 2017, le Nigérian John Obi Mikel ou encore le capitaine des Lions Indomptables du Cameroun Benjamin Moukandjo.

(Passez votre souris sur les pays pour faire apparaître les noms des footballeurs ayant évolué en Chine depuis 2004)

Alors que les clubs chinois attiraient auparavant des Brésiliens inconnus ou des joueurs en fin de parcours, leur ambition a changé de calibre. Cristiano Ronaldo a ainsi été approché, se voyant offrir un salaire annuel de près de 100 millions d’euros (trois fois ce que devrait toucher Neymar au Paris Saint-Germain !) par un club dont son agent a préféré taire le nom.

Dernière rumeur africaine en date : une arrivée en Chine du Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang. D'après le quotidien allemand Bild, les dirigeants de son club de Dortmund seraient tombés d'accord avec le Tianjin Quanjian pour un transfert en janvier 2018. Un changement de décor qui pourrait se négocier aux alentours des 70 millions d'euros.

L'eldorado va-t-il durer ?

« Quand la Chine s’éveillera le monde tremblera », aurait prophétisé Napoléon. Certes, mais reste à savoir si le séisme ressenti depuis quelques années va se poursuivre ou s'estomper. Fin mai 2017, la Chinese Football Association a ainsi jugé bon de recadrer ses clubs, leur priant de se concentrer davantage sur la formation des joueurs nationaux, avec la Coupe du monde 2026 comme objectif.

Xi Jinping ne cacherait ainsi pas ses intentions de faire de son championnat un centre de formation géant. Pékin a notamment énoncé une nouvelle règle : désormais, pour chaque indemnité de transfert supérieure à six millions d'euros, un montant similaire doit être versé par le club acheteur dans un fonds d’État pour le développement du football chinois. En bref, si cette règle perdure, et s’il était vraiment recruté, Pierre-Emerick Aubameyang pourrait coûter 140 millions d'euros à ses acquéreurs.

Pierre Emerick Aubameyang pourrait coûter 140 millions d'euros à ses acquéreurs

Une somme qui, si elle n'est pas inimaginable, pourrait refroidir certaines ardeurs, au moins pour un temps. À moins qu'elle ne contribue qu'à faire s'envoler une nouvelle fois les prix, tant le réservoir chinois, en termes de droits télévisuels et de spectateurs, reste colossal ? Sur la terre battue rouge du terrain qu'il foule chaque soir en rentrant de l'école, notre jeune footballeur africain devrait sans doute faire une place à l'Empire du Milieu dans ses rêves de gloire.

Cliquez sur les portraits pour faire apparaître les informations sur chacun des 17 joueurs africains évoluant en 2017 dans l’une des seize équipes premières de la Chinese Super League.