Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

Culture

 

L'auteur congolais Dieudonné Niangouna.

Les programmateurs d'Avignon ont écarté les auteurs africains du programme Focus Afrique. Une polémique qui dépasse les planches du festival.

« Inviter un continent sans inviter sa parole, c'est inviter un mort ». C'est via un post Facebook acéré que le dramaturge congolais Dieudonné Niangouna a condamné, le 23 mars, l'absence d'auteurs de théâtre dans la programmation du Focus Afrique du Festival d'Avignon. Éclipsé, avec tous ses confrères, de « l'une des plus grand-messes du théâtre en Europe », l'auteur et metteur en scène insinue qu'avec cette sélection, qui réduit l'art africain au chant et à la danse, les programmateurs voient le continent africain avec les œillères héritées du colonialisme. "On donne un espace à la danse et à la chanson pour justifier la présence des minorités sur les scènes françaises tout en continuant à nier la place du théâtre", fustige Dieudonné Niangouna dans son post Facebook. C'est une façon de déclarer que l'Afrique ne parle pas, n'accouche pas d'une pensée théâtrale".

« Pour ne pas attiser des rivalités entre les artistes », l'attaché de presse du festival n'a pas souhaité répondre à ces accusations. Il renvoie vers  le message Facebook de la chanteuse malienne  Rokia Traoré. Invitée du festival cette année, elle préfère décloisonner les arts : « En Afrique, l'art dramatique peut être dans la parole qui se raconte, s'interprète ou se chante, il peut être dans les mouvements et les formes. » Alors, comment expliquer cette absence et ces choix ?

LIRE aussi : Théâtre : le Burkina au rendez-vous des festivals d'été

« C'est de la paresse intellectuelle »

Le théâtre contemporain africain serait-il persona non grata des scènes françaises ? Si l'écrivain togolais Kossi Efoui tempère que « le problème, c'est la place accordée au théâtre contemporain en général », d'autres pointent du doigt l'absence systématique du théâtre africain. À l'image de Marie-Agnès Sevestre, directrice du  festival des Francophonies en Limousin, et Valérie Baran, du Tarmac à Paris. « Si on écarte ces deux uniques scènes francophones, dont c'est précisément le rôle de promouvoir ces troupes, les théâtres généralistes qui proposent des pièces d'auteurs contemporains africains ou de la diaspora se comptent sur les doigts d'une main », confie la première, qui cite la MC93 et le théâtre de Bonlieu, à Annecy. Hakim Bah, figure de la nouvelle scène théâtrale guinéenne, confirme : « Les scènes françaises ne nous donnent pas la visibilité que nous offrent les théâtres francophones. » Pour Valérie Baran, cette situation est « d'autant plus regrettable dans une période où la France sort de son ethnocentrisme et se veut l'écho du bouillonnement artistique africain ».

Et « s'il ne s'agit pas de censure », pour Hakim Bah, ces choix de programmation qui excluent le théâtre sont dictés par l'imaginaire collectif. « Les programmateurs vont à la facilité en sélectionnant du chant et de la danse, disciplines qui font écho aux représentations populaires, s'insurge la directrice des Francophonies en Limousin. C'est de la paresse intellectuelle ! »

LIRE aussi : Afrique - Décoloniser les arts : la diversité questionnée

« Il faut des institutions fortes pour peser »

Une méconnaissance de leur travail difficile à surmonter pour les auteurs et metteurs en scène qui ne jouissent pas d'une visibilité internationale. « Il nous faudrait des institutions théâtrales fortes pour peser », insiste Hakim Bah, qui regrette la dépendance avec les pays européens. « Le théâtre africain est financé par l'Institut français ou encore l'Organisation internationale de la francophonie », appuie Valérie Baran. « On se nourrit du théâtre français, mais la réciproque n'est pas vraie, déplore Hakim Bah. On souffre d'un manque de considération. » Pour l'auteur et metteur en scène, c'est là qu'Avignon devait jouer son rôle d'« ouvreur d'horizons ».

Comme une première fenêtre sur le monde, l'artiste a créé le festival L'Univers des mots, qui se déroule à Conakry. « Guinéens, Belges, Congolais, Canadiens collaborent sur des projets. Car, pour être présent à l'international, il faut échanger et arrêter de faire du théâtre 100 % africain. » Valérie Baran mentionne aussi les Récréateurs à Ouagadougou, festival qui révèle la nouvelle scène burkinabè. « Pendant des années, j'étais la seule programmatrice à m'y intéresser. Aujourd'hui, plusieurs dizaines de programmateurs m'ont rejointe. Cette évolution est nécessaire en France, car il y a un public demandeur, celui issu de la mixité qui ne se retrouve pas dans le théâtre traditionnel, souligne-t-elle. Le théâtre est le miroir du monde, et vous ne pouvez pas contempler un miroir dans lequel vous ne vous voyez pas. »