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Couple dansant un tango argentin dans la rue (image d'illustration), extrait du film Tango Negro, les racines africaines du tango.

Le réalisateur Dom Pedro signe avec "Tango Negro" un film polémique, captivant, précieux, qui déconstruit l'histoire d'une Argentine sans passé noir.

 

 

Il y a bien longtemps que cette question n'est plus une hypothèse pour le cinéaste angolais. Dans son documentaire au titre percutant, Dom Pedro démontre, sans être dans le jugement, les racines africaines du tango argentin. Projeté lors du festival Afropunk à Paris en juillet dernier, Tango Negro détonne. Bien que sorti depuis 2013, le documentaire continue de susciter l'étonnement. Car parler des origines noires du tango, emblème de l'Argentine, relève encore du tabou dans une société où plus de 90 % de sa population est blanche. Plus qu'une enquête, Tango Negro est une quête de vérité, à la croisée de l'histoire d'un peuple et de l'universel. À travers des témoignages passionnants d'historiens, de journalistes, d'ethnomusicologues, le film jette une lumière crue sur l'Argentine, exhortée à un inévitable examen de conscience. Un documentaire historique, culturel, musical. Sans fausse note.

Tango ou Ntangu

Dom Pedro, cinéaste angolais au parcours solide (Le Long Chemin vers la paix, Pépé Felly entre autres), souhaitait explorer, après Kin-Malebo Danse, ou les origines de la rumba, un tout autre thème. Ce sera le tango. Le point de départ de Tango Negro, les racines africaines du tango argentin sont linguistiques.

En rapprochant le mot « Ntangu », en langue kikongo, du tango, l'idée est apparue clairement au réalisateur. Le vocable « tango » tirerait alors son origine de l'ancien royaume Kongo. « Depuis la nuit des temps, "Ntangu" a toujours signifié et signifie encore soleil, heure, temps, espace-temps, époque, période, etc., selon le contexte dans lequel on l'utilise. Cette langue, le kikongo, était la langue officielle des Kongo, habitants de l'ancien royaume du Kongo dont l'influence s'étendait jusqu'au-delà de l'Afrique centrale », explique Dom Pedro au Point Afrique.

Il poursuit : « C'était un défi énorme. Au départ, je faisais peur, même à mes propres compères qui se demandaient comment j'allais me confronter à un sujet pareil... Je suis parti du principe que le mot "tango" était un dérivé de "Ntangu" qui signifie donc soleil, période... Et à partir de "Ntangu" j'ai fait le découpement pour arriver à tango. Sachant qu'en lingala, on parle aussi de tango et que cela signifie la même chose. » Dom Pedro se lance donc dans l'étude de ce thème, rarement montré à l'écran. Une rencontre sera déterminante dans l'élaboration du film : celle de Juan Carlos Cáceres. Musicien-phare de l'Argentine, l'auteur-compositeur, qui est aussi pianiste et peintre, a toujours milité en faveur d'un tango traditionnel, aux sonorités africaines. Durant trente-cinq ans, l'artiste mène des recherches sur les origines africaines du tango argentin. Par ailleurs, Tango Negro fait référence à un titre de Juan Carlos Cáceres, décédé en 2015.

 ©  Reelhouse production
Extrait du film Tango Negro. © Reelhouse production

 

Au-delà des controverses que le sujet pouvait provoquer - « le sujet est polémique, car le tango représente la musique la plus blanche du continent américain », témoigne Juan Carlos Cáceres -, les deux complices travaillent méthodiquement sur le projet.

De fait, le film s'attache à prouver « l'africanité du tango », dit « musique nationale argentine ». Ainsi, plus de cinq cents documents vidéo et photographique ont été consultés, combinés aux trois décennies de recherches de l'artiste argentin et à celles du cinéaste angolais. Le documentaire pèse son poids. Il faut dire que l'enjeu est de taille : réhabiliter le rôle du Noir dans la musique tango, dont l'Argentine a toujours revendiqué la paternité.