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Dans les rues de Kinshasa, capitale de la RD Congo, la capoeira, un art martial, retrouve ses racines ancestrales.

Jeunes photojournalistes européens, ils couvrent l'Afrique. La restituent-ils en s'affranchissant des images d'Épinal et d'anciens récits ? Éléments de réponse.

Certains y sont arrivés par hasard, d'autres par envie, mais aucun d'entre eux ne connaissait vraiment l'Afrique avant d'y avoir mis les pieds. Eux, ce sont les jeunes photographes ou photojournalistes qui ont choisi de couvrir l'actualité et la vie d'un pays ou d'une population en Afrique.

Anthony Fouchard : « Donner la parole »

Anthony Fouchard, 23 ans et photojournaliste pour plusieurs médias, a travaillé sur les conflits en République centrafricaine et au Mali. « Vivre et travailler à l'étranger, au-delà de t'ouvrir l'esprit, ça remet en perspective pas mal de choses. Mon point de vue sur le continent est radicalement différent maintenant. Je ne vois pas une Afrique, mais des Afriques », résume-t-il. Quand il traite un sujet, il cherche avant tout à « donner la parole à des gens qui ne l'auront jamais sur des sujets dont tout le monde se fout.

La guerre, elle, ne s'arrête pas quand les militaires repartent ou quand l'église ou la mosquée ont fini de brûler. Et c'est cette guerre-là que j'essaye tant bien que mal de couvrir ». Alors, pour montrer autre chose, il s'adresse par exemple à « la femme qui récolte du manioc dans la brousse centrafricaine et dont le champ a été brûlé non pas une ni deux, mais cinq fois, à chaque passage des rebelles. Ou encore le professeur désespéré dans les montagnes soudanaises qui guette avec anxiété le moindre ronronnement d'un moteur qui signifierait un bombardement imminent ». L'idée ? « Saisir ces angoisses, et les restituer » en allant au-delà du « simple récit guerrier les tripes à l'air ». J'ai vu des hommes se faire brûler vifs, découper alors qu'ils étaient encore en vie. Mais ce n'est pas ça le plus choquant. Le plus choquant, c'est sûrement ceux qui restent et doivent apprendre à vivre avec ça", explique-t-il.

 © Alexis Huguet Alexis Huguet
© Alexis Huguet Alexis Huguet

 

Leonora Baumann : « Expliquer le quotidien des populations »

« Vue de France, l'actualité du continent reste majoritairement liée à des conflits, la guerre, la famine ou de grandes innovations. On va rarement au-delà expliquer le quotidien des populations », estime Leonora Baumann, jeune photographe free-lance de 29 ans qui travaille au Congo. Comme beaucoup d'autres de ses confrères, elle s'efforce de montrer ce quotidien, cette vie au-delà des catastrophes et des guerres, mais, comme beaucoup d'autres, elle déplore ces préjugés qui ont pu la hanter. « Moi-même je pense que, dans mon travail, je suis en train de faire une sorte de décolonisation, même après avoir passé plus d'un an sur le territoire congolais, eh bien, j'ai encore des putains de clichés en tête. »

Pour elle, trop peu de sujets montrent le quotidien et les dynamiques mises en place au Congo. Elle pense notamment aux « histoires de violences sexuelles, de minerais ». « Même moi j'ai du mal à sortir de ça, j'essaye, mais je me rends compte que ce n'est pas si aisé », poursuit-elle. Actuellement, elle travaille sur la place de la femme au Congo. Elle a notamment suivi de jeunes prostituées. « Ce qui m'intrigue, c'est cette idée de subir la vie au Congo. Je pense que les gens sont hyper résistants, surtout face à des situations aussi dures. La majorité de ces filles-là sont arrivées très jeunes. » Mais ce genre de sujet « est compliqué à vendre. L'aspect traditionnel se vend beaucoup mieux".

Ludivine Laniepce : « La pauvreté, une notion tout à fait relative »

Ludivine Laniepce, 26 ans, rédactrice en presse écrite et JRI, estime de son côté avoir grandi avec une image de l'Afrique « assez chaotique, mais néanmoins attachante ». Au Burkina Faso, où elle travaille depuis mai 2015, elle a « compris que la pauvreté est une notion tout à fait relative, contrairement à l'humanité », dit-elle. Et de poursuivre : « J'ai appris à sortir de mon éducation européenne pour voir le monde dans les yeux d'une autre culture. En bref, j'ai appris qu'on a toujours quelque chose à balayer sur le pas de sa porte »

Comment dépasser les idées reçues ?

Comment vendre auprès des médias un reportage qui dépasse les « codes traditionnels » et les images-chocs ? Autant de questions que se posent quotidiennement ces photographes ou photojournalistes sur le terrain. Pour François Robinet, maître de conférences en histoire qui a travaillé sur la couverture par les médias français des conflits africains des années 1990 à 2000, deux points-clés sont à appréhender pour comprendre le traitement de l'actualité sur place.

Le premier concerne « la diversité des regards, des positions ». « Au sein de la presse française, des photographes d'agences type AFP ou Reuters ne travaillent pas de la même façon que d'autres photographes plus ancrés dans le photojournalisme où on fait de l'enquête et pas uniquement de l'actualité chaude. » Ensuite, « le temps que le photoreporter ou photojournaliste va passer sur le terrain, en fonction notamment de la commande qui lui a été faite et du support d'information qu'il vise, va forcément influencer le regard porté sur la population et la façon d'aborder le sujet », explique-t-il.

Passer de la peur à la poésie

François Beaurain, photographe de 40 ans, s'est lancé dans cet art il y a trois ans en partant d'un constat. En 2014, il apprend son départ imminent pour le Liberia afin d'accompagner son épouse. Son premier réflexe ? Une recherche internet sur le pays. « Je suis tombé sur des images terribles, des clichés absolument fous qui montraient un pays dans l'insécurité. Comme si la guerre civile qui a pris fin en 2003 était toujours là. » La peur au ventre, il arrive sur place, reste quelque temps chez lui, puis finit par sortir. Pas photographe pour un sou, une idée lui vient pourtant en tête. « J'ai voulu raconter, de manière amusante et poétique, la réalité de ce pays. » Le voilà qui découvre le mode rafale sur son appareil et réalise alors une série de gifs, « pour casser les clichés et montrer la vie quotidienne des gens au Liberia ». Parasols, ballons, karaté et tresses s'entremêlent dans ses réalisations, bien loin de l'image qu'il avait en tête avant d'arriver.

 ©  François Beaurain
Au Libéria le parasol est le symbole des vendeurs de rue, un outil indispensable sur le marché. © François Beaurain

 

Son but, retransmettre « la dynamique d'un pays bien loin de l'étiquette qu'on lui colle à la peau ». Pour ce faire, il mixe « des scénettes de la vie des gens qu'(il) croisait sur (s)on chemin ». Résultat, des médias comme Konbini lui dressent le portrait et présentent le travail de ce quadragénaire. Depuis quatre mois, François Beaurain commence même à vendre ses travaux à des médias comme CNN, ou le site d'info marocain Telquel.

Le constat d'un environnement en mutation

« Avec l'arrivée des médias web spécialisés (Le Point Afrique, Slate Afrique, Le Monde Afrique...), il y a une offre plus pertinente qui se crée, un intérêt pour l'actualité du continent, et c'est une évolution non négligeable », estime François Robinet. Du côté des photographes, beaucoup citent la revue biannuelle 6 Mois, qui consacre plusieurs pages à des sujets. Ou encore, sur Instagram, le compte everydayafrica, principalement alimenté par des photographes professionnels. Une évolution non négligeable, donc, mais est-ce suffisant pour autant ? «

Depuis sept ou huit ans, une vague de jeunes journalistes part couvrir les Printemps arabes, la Libye, ce qui s'est passé en Égypte assez récemment. Avec l'essor des pureplayers et du numérique, il y a une sorte de vigueur nouvelle de la photographie à ce niveau-là, mais cela va de pair à mon sens sur ces trente dernières années avec l'effondrement du prix de vente des clichés lorsqu'il s'agit de couvrir l'actualité internationale et donc l'actualité africaine. » Pour François Robinet, cet effondrement provient du fait que, dans beaucoup de rédactions, « on considère que l'actualité africaine n'intéresse que très peu les Français ». « Donc, évidemment, quand vous arrivez avec des clichés du Liberia, de Sierra Leone, quand on n'est pas dans un temps de l'actualité, c'est compliqué à vendre », conclut-il.

Alexis Huguet : « Sortir du misérabilisme »

Pour Alexis Huguet, photojournaliste de 29 ans basé à Yaoundé (Cameroun), le choix des sujets est toujours « très conventionnel ». Du coup, il souhaite « sortir du misérabilisme » et montrer qu'au milieu de tout ça « il y a beaucoup de dignité, des gens qui se battent, beaucoup de subtilité et de complexité ». Et de poursuivre : « Il faut réussir à prendre plus de temps plutôt que d'avoir juste une photo-choc d'un enfant en train de mourir dans un camp de réfugiés au Sud-Soudan. » Pour illustrer cette idée, lorsqu'il traite la crise centrafricaine et son impact, pas question pour lui de parler uniquement « des réfugiés centrafricains en galère d'eau dans la forêt ». Il se focalise, par exemple, sur la cohabitation des Camerounais et des réfugiés centrafricains, « comme s(il était) n'importe où ailleurs dans le monde ».

De quoi comprendre que, sur l'Afrique, une nouvelle génération de photojournalistes s'est mise en mouvement pour, en quelque sorte, offrir un regard différent du continent. Certains diraient « un regard décolonisé ».